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FRANCOFOLIES de Abel Carballiño

FRANCOFOLIES de Abel Carballiño

Le blog des mordus de France, de français, de francophonie... Para los locos por Francia, el francés, la francophonie...


Fonctionnaires débordés ? Funcionarios desbordados ?

Publicado por Abel Carballiño activado 4 Marzo 2010, 17:54pm

Etiquetas: #Littérature

fonctionnaires1.jpgLe livre qui reveille la polémique

Le Figaro présente le livre et des extrais de quelques chapitres. En librairie dès le 4 mars et publié chez Albin Michel, Absolument dé-bor-dée ! est tiré d'un blog.

Beaucoup plus drôle et pas moins édifiant qu'un rapport de la Cour des comptes, Absolument dé-bor-dée ! narre les désillusions - sous pseudonyme et à peine romancées - d'une jeune fonctionnaire territoriale de catégorie A+.



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La charge de travail

«J'ai écrit ce livre pour échapper à l'ulcère et à la dépression, mais aussi pour ne pas périr d'ennui», nous a avoué «Zoé». Explications, avec le récit de sa première journée de travail.

J'ai longtemps cru que mon gène de la paresse était récessif. Puis j'ai intégré la fonction publique territoriale et ai constaté que, dans un environnement favorable, il pouvait pleinement s'exprimer, même après avoir été en latence durant mes années d'études passées à ne pas apprendre grand-chose sinon à être sélectionnée. Sélection qui s'avère être une véritable anti-bande-annonce de ce qui sera demandé à l'heureux lauréat lorsqu'il atterrira dans une collectivité territoriale. Les efforts requis pour intégrer l'école sont inversement proportionnels à ceux qu'il doit - ou ne doit pas - déployer une fois en poste.

Comme Coconne me l'avait promis, je trouve un énorme dossier estampillé d'un Post-it, sur lequel elle a sobrement indiqué : «Faire des camemberts». J'ouvre le dossier et récupère les deux tableaux récapitulatifs des années précédentes. «Faire des camemberts», en coconnien, signifie présenter une poignée de graphiques secteurs Excel pour comparer l'évolution des différents postes budgétaires du service sur deux ans, ce qui devrait me prendre une vingtaine de minutes et m'assurer la reconnaissance éternelle du très impressionnable directeur général de l'AIE (Affaires internationales et européennes, ndlr), Bertrand Dupuy-Camet, incapable de trouver le programme pour additionner deux et deux sur son ordinateur.

Si l'on y ajoute les quatre rapports parlementaires que je dois synthétiser et les deux réunions auxquelles je dois faire acte de présence, j'évalue mon travail de la semaine à huit heures. Soit une grosse semaine de travail dans ce monde professionnel pour le moins déroutant. La première fois, ça m'a semblé tellement ahurissant que j'ai eu envie d'en rire.

Les cinq premières minutes.

Avoir fait autant d'études pour ça me semblait fou.

Huit ans dont deux d'esclavage en prépa, deux à Sciences-Po et dix-huit mois à l'ETA.

Pas l'organisation terroriste basque, mais l'Ecole territoriale d'administration, formant les administrateurs territoriaux.

Huit ans pour ça.

Ça, c'était une cinquantaine de pages de documents que « The Boss » avait déposées sur mon bureau, le jour de mon arrivée, avec un air gêné :

- Pourriez-vous me faire une synthèse de ce dossier relatif à l'utilisation des fonds européens ? Vous avez la semaine, ça ira ? a-t-il demandé, le visage déformé par l'inquiétude d'être pris pour un esclavagiste.

- C'est une plaisanterie ? ai-je demandé, incrédule.

- Je sais, a-t-il rajouté, c'est... comment dire ?...

ahurissant de penser qu'il me faudra cinq jours de travail pour une note que j'aurai fini de rédiger dans deux heures, pause incluse ?

... Un gros travail. Ecoutez, vous pouvez me le rendre en milieu de semaine prochaine si vous n'avez pas fini. Il n'y a aucun problème, a-t-il achevé avant de quitter mon bureau, me laissant pour le moins songeuse.

Une heure et demie plus tard, l'imprimante crachotait ma note et je me demandais vraiment où j'avais atterri.

Aujourd'hui, en me connectant au réseau du service, je sais précisément où j'ai touché terre : un univers absurde où les gens qui en font le moins se déclarent dé-bor-dés et où les 35 heures ne se font pas en une semaine, mais en un mois.


fonctionnaires3.jpg



L'absentéisme

C'est le fléau des collectivités locales, surtout dans les grandes mairies, où ce taux frise les 20%, contre 6% dans le privé. Avec de fortes fluctuations selon les saisons, primes ou pas!

- Désolée de vous déranger, mais c'est assez urgent. C'est au sujet de l'avenant concernant le marché de l'interprétariat. Nous avons besoin de recruter cinq interprètes et le marché passé par la mairie avec la société de traduction n'englobe pas la langue chinoise.

- Savez-vous rédiger un avenant à un marché public de prestation ?

- Oui, mais j'aurais quand même besoin qu'une personne de votre service le valide.

- Ça me semble difficile. Forcément, fin octobre, vous voyez... me dit-il d'un air entendu.

Pas vraiment, en fait.

- Vous comprenez bien qu'on ne peut pas lancer le procédé alors que la chasse vient de commencer.

- Je vous demande pardon ?

- Je dirige un service de 42 personnes en temps normal. Le mois suivant l'ouverture de la chasse, il est divisé par cinq.

Géant Vert retourne à sa contemplation :

- Vous ne pratiquez pas, je présume ?

- Pratiquer quoi ?

- La chasse !

- Non.

- Vous ne savez pas ce que vous manquez. Bon, je vais vous le corriger, votre avenant, déclare-t-il, avant de s'arracher à regret aux bristols colorés qui tapissent le panneau en liège et de m'emmener dans son bureau.

Nous sortons de l'ascenseur et je constate que Géant Vert ne m'a pas menti : son service est désert.

Afin de s'adonner librement aux délices de la chasse, ses agents ont apparemment soigné les préliminaires : trouver un médecin complaisant, susceptible de leur délivrer un arrêt de travail. Les deux seuls fonctionnaires que je retrouve devant la machine à café du service sont manifestement en train de compulser les journaux, à l'affût de l'épidémie à la mode dont ils pourraient être les pro chaines victimes.

- La grippe, c'est à partir de quand ? Deux gastros en deux semaines, c'est plausible ? demande anxieusement l'un des deux, tout en versant une dose de sucre dans son cappuccino.

- Va voir mon toubib, tu lui dis que tu es déprimé, il t'arrête... quinze jours, facile...

- Quinze jours, mais c'est pas assez ! L'année dernière, j'ai fondu en larmes dans le bureau du mien, ça a été radical, il m'a refilé trois boîtes d'anxiolytiques et un mois d'arrêt. Quel dommage qu'il soit à la retraite... Quelle saison ça a été... , conclut-il, les yeux brillants de souvenirs.

C'est à se demander s'ils veulent un certificat médical ou carrément se faire interner.

L'article complet  link




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