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FRANCOFOLIES de Abel Carballiño

FRANCOFOLIES de Abel Carballiño

Le blog des mordus de France, de français, de francophonie... Para los locos por Francia, el francés, la francophonie...


JULIETTE BINOCHE au Festival D'Avignon

Publié par Abel Carballiño sur 8 Juillet 2011, 01:02am

Catégories : #spectacles

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Juliette Binoche dans la peau de “Mademoiselle Julie” de Strindberg, mise en scène de Frédéric Fisbach. DR

 

Voilà près de dix ans que Juliette Binoche n'avait pas été à l'affiche d'une pièce de théâtre, préférant fouler les planches pour y danser. Mais l'actrice devrait faire enfin faire son retour au théâtre, dans Mademoiselle Julie, une pièce d'August Strindberg.

 

 

 

 

 

Frédéric Fisbach met en scène Juliette Binoche dans Mademoiselle Julie

 

Après une formation de comédien au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris, Frédéric Fisbach accompagne les premières années de l’aventure de la compagnie de Stanislas Nordey jusqu’au Théâtre Nanterre-Amandiers. En 1994, il connaît un retentissant succès avec L’Annonce faite à Marie de Claudel, avant de s’intéresser à Maïakowsky, Kafka, Racine, Corneille, et une première fois à Strindberg avec L’Île des morts. Lauréat en 1999 de la Villa Médicis hors les murs au Japon, il établit un lien artistique avec cette contrée, qui lui permet de devenir un passeur de textes entre les deux pays (il est notamment le premier à monter Oriza Hirata en France), mais aussi de confronter ses pratiques occidentales à celles d’un Orient riche de formes diverses, à l’image des marionnettes traditionnelles de la compagnie Youkisa, avec laquelle il travaille pour mettre en scène Les Paravents de Genet. Nommé directeur du Studio-Théâtre de Vitry en 2002, il y développe une activité de laboratoire théâtral tout en affirmant clairement son désir d’un rassemblement du public autour des œuvres qu’il traverse, proposant par exemple à des comédiens amateurs de le rejoindre lorsqu’il monte Les Feuillets d’Hypnos dans la Cour d’honneur du Palais des papes en 2007, année où il est artiste associé au Festival d’Avignon. Pratiquant une ouverture vers les autres champs artistiques, il collabore avec des danseurs, des chanteurs et des musiciens pour présenter Bérénice avec le chorégraphe Bernardo Montet, met en scène des opéras, contemporains ou classiques, et réalise un long métrage en 2007, La Pluie des prunes. Codirecteur du Centquatre de 2006 à 2009, il fait de cette nouvelle institution parisienne un centre d’expérimentation des pratiques artistiques contemporaines. À Avignon, il a présenté Bérénice en 2001, L’Illusion comique en 2004, Gens de Séoul en 2006 et, en tant qu’artiste associé de l’édition 2007, Les Paravents et Les Feuillets d’Hypnos.

 

 

INTERVIEW avec Juliette Binoche

 

On l’imagine encore avec son sourire éclatant, ses yeux pétillants, sa longue robe rouge épousant son corps, montant les marches du Festival de Cannes… Tout juste arrivée à Avignon la dernière semaine de juin, pour les répétitions aux côtés de Nicolas Bouchaud et Bénédicte Cerutti, sous la direction de Frédéric Fisbach, Juliette Binoche nous accueille chaleureusement dans la plus grande décontraction, se prêtant avec simplicité à nos questions. Une simplicité apparente seulement pour cette grande actrice dont les souvenirs d’enfant sont à la fois sa force et sa faiblesse. C’est cette démarche intègre qui lui a valu de nombreuses récompenses. Pour elle, le cinéma et le théâtre ne sont pas une affaire de gloire et d’argent, mais une quête spirituelle. Rencontre.

Vous avez débuté sur les planches à l’âge de 11 ans, avant d’être happée par le cinéma. Peut-on parler d’un retour à vos premières amours?

À 11 ans, non bien avant ! Pour moi, j’ai commencé le théâtre dans la cour de récré, car cela me permettait d’ouvrir un monde que les cahiers d’école ne me permettait pas d’atteindre. J’avais besoin de créer des histoires, la création étant un besoin vital. Je jouais avec des cailloux, des escargots, de l’herbe… J’ai été très tôt séparée de mes parents. Le fait d’être face à une solitude, même si dans les communautés religieuses vous n’êtes jamais seule, ça développe une vie intérieure forte. On devient moins dépendant des autres.

Comme beaucoup de collégiens, j’ai joué quelques saynètes… J’ai tout de suite adoré Molière à cause de l’humour, de la pêche de son écriture… ça me correspondait bien. Et puis à 11 ans, j’ai commencé à travailler avec ma mère qui était actrice et metteur en scène. J’ai joué des rôles d’homme. J’adore car ce sont souvent eux qui ont les rôles les plus forts, les plus intéressants. Dans “Mademoiselle Julie”, ce qui m’intéresse c’est que le personnage est mi-homme, mi-femme !


Signez-vous là votre retour au théâtre ?

Ce n’est pas comme cela que cela se passe. C’est la vie qui décide. Je suis née d’amoureux du théâtre et moi-même je le suis… Mais c’est un tel privilège d’accepter la proposition de Jean-Luc Godard à 20 ans alors que parallèlement je travaillais chez BHV pour gagner trois sous… Je ne savais pas si j’allais pouvoir vivre de ce rêve, et je ne pouvais compter sur personne !

Mais vous êtes pourtant une battante ?

Je peux dire que j’ai du feu, mais je ne suis pas une battante. Nombre de fois, j’ai baissé les bras. J’’ai eu envie d’arrêter. Il est difficile d’assumer cette nudité qu’il faut vivre en permanence. Ça demande beaucoup de courage. C’est en étant cassée que j’ai évolué et rencontré en moi des facettes nouvelles. L’amour de la vie m’a poussé à continuer et puis on a un moyen fabuleux, on est vivant à travers l’art !

On sait que vous avez vous-même frappé à la porte des co-directeurs du Festival d’Avignon. Comment s’est faite la rencontre avec Frédéric Fisbach ?

J’ai contacté Vincent Baudriller en septembre 2010 et, un mois après, il m’a mise en relation avec Frédéric que je ne connaissais pas. J’étais très heureuse quand il m’a proposé le rôle de mademoiselle Julie. Jouer Strinberg est un privilège énorme ! De plus, la traduction du metteur en scène m’a beaucoup plu. Frédéric Fisbach invite les acteurs à braver les interdits. J’adore ! Pour moi, c’est une invitation généreuse à essayer de vivre la nature humaine, ses contradictions, sa complexité.

Comment se déroule votre travail aux côtés de Frédéric Fisbach ?

Je n’ai pas été déçue car c’est quelqu’un de très sympathique. Il s’est adapté à mes peurs. On a laissé le texte de côté et on a parlé, analysé… J’avais eu une expérience difficile une fois, car l’approche du metteur en scène avait pris le pas sur l’incarnation du comédien. Frédéric Fisbach l’a compris et m’a laissé venir… On est dans un processus de création commun. Et Nicolas Bouchaud est un vrai homme de théâtre, à la fois très cinéphile.

Quelle touche personnelle allez-vous apporter à ce rôle que plus d’une actrice a interprété : Isabelle Adjani, Fanny Ardant, Emilie Dequenne?

Helen Mirren aussi ! (Rires). Vous allez le voir ! Le côté aristocrate a été beaucoup joué, ce que je remets en question, car mademoiselle Julie s’en fiche complètement de cette aristocratie, même si elle s’est servie de cette façade quand elle en avait besoin. Beaucoup d’intelligence émane de cette femme, mais Jean le valet l’est lui aussi…

Quelle image avez-vous du festival d’Avignon ?

Mon père a participé 19 fois au festival au In et au Off. Enfant, j’ai donc traîné au festival avec ma sœur et les enfants des saltimbanques. Cette ambiance, je l’ai vécue enfant, excitante, avec cette sensation de liberté… J’ai même fait les parades sur une charrette tirée. Et avec les mégaphones, on annonçait les spectacles “Attention ce soir vous allez assister à…”

Vous êtes la seule actrice au monde à avoir réalisé le “grand chelem” en recevant les prix d’interprétation des trois plus grands festivals de cinéma : Cannes, Venise et Berlin. Quel est le secret de cette réussite ?

S’il y a réussite, c’est dans ce que j’ai pu assumer. Et j’ai des doutes par rapport à cela : les deux enfants que j’ai mis au monde, l’aide à ma famille et à mes parents et par rapport aussi à ma vie de femme et d’artiste. Si succès il y a, c’est que j’ai pu transformer une certaine matière d’enfance en des preuves artistiques, être vivante ou survivante. Comment ça a pu être honoré, ça ne dépend pas de moi.

Comment envisagez-vous votre avenir ?

L’avenir, ce n’est pas moi qui l’envisage. C’est la vie qui nous envisage !

 

 

source: News de Stars  /  LeDauphiné

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